Introduction


Qu’est ce que la permaculture ?

La permaculture est un ensemble de pratiques et de modes de pensée visant à définir et mettre en place un usage du territoire et un mode de vie durables (Holmgren, 2006).
C’est un processus de transformation visant à changer la perception que nous avons de nos besoins personnels, familiaux et communautaires afin qu’ils restent conscrits à l’intérieur d’un cadre écologique (Holmgren, 2006). Il tend à minimiser les besoins en ressources non renouvelables en étant très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant...) (Fukuoka, 1989). Il se veut aussi respectueux des êtres vivants, en prenant en compte tous les éléments de l’environnement - hommes, animaux, vie sauvage, nature – pour restaurer les systèmes agricoles et sociaux dégradés dans un développement durable (Holmgren, 2006).
Elle vise donc à créer un écosystème productif en nourriture ainsi qu'en d'autres ressources utiles, tout en laissant à la nature "sauvage" le plus de place possible. Elle conserve ainsi une stabilité et une diversité similaires à celles d'un écosystème naturel.
La permaculture touche à tous les aspects de l'activité humaine qui mettent en péril l'équilibre dynamique des relations et interactions permettant la vie sur terre: alimentation, habitat, vêtements, soin médical, loisir, etc. C'est la CULTURE de la PERMAnence ou "la création soutenable de l'habitat en suivant le modèle naturel" (Mollison, 1978)

Elle invite à mettre les aspects théoriques en relation avec les observations réalisées sur le terrain. Mais la base de la permaculture n'est pas uniquement d’observer les éléments constitutifs d'un système individuellement, mais aussi de prendre en compte leurs interactions (Ecotopie), avec pour perspective la compréhension de l'écosystème et son utilisation durable par l'homme.

Origines de la permaculture

a) Masonobu Fukuoka

Scientifique, puis agriculteur japonais, pratique une agriculture dite du « non faire » ou agriculture naturelle dans les années 1940 (Grainvert). Il est reconnu dans la permaculture comme l'un de ses précurseurs, avec sa thèse « plus les conditions de culture ressemblent au milieu naturel de prédilection de la plante en question, meilleur est le rapport kilojoules dépensés/kilojoules récoltés » (Fukuoka, 1983).

Appelée aussi agriculture sauvage ou synergétique, elle part de l'idée que c'est l'action simultanée d'éléments indépendants (les plantes, les micro-organismes, la faune et la flore du sol, l'humus ...) qui, ensemble, ont un effet plus grand que la somme de leurs parties (Fukuoka, 1989).
Selon ses préceptes, le travail de la terre, labour et fumure créent un cercle vicieux dans lequel le travail engendre le travail (Ekopedia).
Après une longue observation de la nature, il avait conclu 5 principes majeurs : pas de labourage, pas d’engrais, pas de pesticides, pas de semailles, pas de taille. Il a longtemps expérimenté ces principes avec le riz : semé à la période propice (ex. période des pluies), dans un couvre sol (ex. luzerne), sans labourage préalable, la plupart du temps avant de récolter une graine secondaire dans le même champ (ex. blé). Le résultat étant moins de germination et de plantes à terme, mais une production d'après lui supérieure par plante comparée à la méthode agro-industrielle ; et bien sûr, moins d'énergie dépensée (pas de carburant, eau, pesticide, engrais) pour une récolte équivalente par nombre de graines semées (Fukuoka, 1983).
Les recherches de Masonobu Fukuoka ont été adaptées au climat tempéré par Marc Bonfils et Emilia Hazelip (Ecotopie).

b) Mollison et Holmgren

Au milieu des années 70, ce sont deux Australiens : Bill Mollison et David Holmgren qui développent de leur côté le concept de "permaculture" pour agriculture permanente, puis plus tard pour culture permanente tant l'aspect social/éthique leur semblait essentiel pour qu'un système soit durable.

Les idées générales de Fukuoka sont reprises, avec une généralisation de la logique à tout type d’exploitation : de toute taille et même en milieu urbain (Mollison, 1978). La nouveauté qu’ils apportent est le travail de mise en place de ce territoire : le design. Dans un premier temps par l’observation des éléments du système déjà là et de leurs interactions, et ensuite par l’étude de l’agencement des éléments à installer, selon leurs interactions pour créer un système mimant un écosystème naturel, utilisant au mieux les innervations entre les éléments, pour être le plus productif et le plus économe en énergie (travail, carburant…) (Mollison, 1979).
Moins connus en France parce que leurs ouvrages sont moins traduits Mollison et Holmgren sont les vrais pères du mot «permaculture» au sens strict. C’est essentiellement de la permaculture en ce sens dont il va s’agir par la suite.

c) Permaculteurs sans le savoir

La permaculture (ou certaines de ses techniques) sont utilisées depuis des milliers d'années dans différentes parties du monde, par des gens n'ayant jamais entendu le mot "permaculture". Par exemple, le peuple Chagga au nord de la Tanzanie et les habitants de la région de Kandy au Sri Lanka ont cultivé des jardins, en fait des versions modifiées de la végétation forestière naturelle. Ces copies de forêt naturelle permettent à ceux qui les entretiennent de s'alimenter (céréales, fruits, légumes), de s’habiller (fibres naturelles), de se soigner (plantes médicinales) et de se chauffer au bois.
Plus près de chez nous, on peut noter les prairies permanentes, qui s’entretiennent et s’enrichissent en nouvelles espèces pendant de longues années, et même l’association ray-grass/trèfle blanc des prairies temporaires de longue durée qui se fertilise seule (Mollison, 1978). La pratique ancestrale d’élevage de cochons nourris aux glands dans les chênaies à liège au Portugal est, comme tout système sylvo-pastoral, un exemple de permaculture intégrant des animaux.

Grands principes 

La permaculture se base sur trois principes éthiques :

Prendre soin de la Terre, et ceci pour deux raisons. Une raison éthique soutenant que l’homme doit se placer au sein de la nature et pas au dessus. Et une raison de limite écologique qu’atteint notre mode de vie occidental (Geocities 2).

Prendre soin des humains. En effet, il s’agit de créer le territoire idéal pour un individu, une famille, une communauté, selon ses besoins, alimentaires mais aussi de tout autre ordre ; et selon ses ressources en travail, compétences et capital. C’est donc un système qui tend vers l’autarcie, même si ce n’est pas un objectif en soi pour de nombreux permaculteurs.

Limiter la consommation et redistribuer les surplus. On parle de redistribuer les surplus car la nature sauvage est le modèle de système le plus productif (de produits utilisables ou non par l’homme).  Le système agricole classique est beaucoup moins abondant car beaucoup moins complexe. On va donc créer un système aussi diversifié que dans la nature, ce qui va nous apporter stabilité et productivité, avec des espèces utiles pour la communauté, selon ses besoins.

Limiter la consommation implique d’utiliser et mettre en valeur les ressources et services renouvelables comme le vent, le soleil, la gravité, la fermentation…

La consommation d’intrants se limite aussi en reformant les cycles de matière et d’énergie, comme dans la nature, ce qui limite aussi la pollution. Il faut donc favoriser les interactions entre les éléments du système. On peut donc chercher à ce que tout élément serve a plusieurs utilités, et toute utilité soit supportée par plusieurs éléments. Et pour cela, une attention particulière est portée à l’agencement spatial des éléments (Holmgren, 2006) (image 2).

Ensuite, selon les observations de notre système, on va utiliser notre connaissance des interactions des éléments et notre créativité pour équilibrer les excès non souhaités de certains mécanismes du système.

Bill Mollison dit à ce sujet : « Ne dites pas que vous avez un problème de limaces dans votre jardin, mais juste une déficience de canards ! ».

Méthode de mise en place 

La méthode de mise en place d’un système de permaculture est appelée OBREDIM, pour les initiales des étapes en anglais. C’est une démarche dans le temps basée d’abord sur l’observation et l’analyse de l'écosystème en place, puis sur le design, la conceptualisation d’un nouvel écosystème (Mollison, 1978). En voici les étapes :
Observation: pluviométrie, micro-climats...
Bordures et limites : recenser les routes, flux traversant le terrain : vent, soleil, eau...
Ressources : analyser le sol les bâtiments, arbres, points d’eau, inclinaison du soleil
Evaluation : Regarder les ressources à petites échelle : lentilles d’argile, zones de gel.
Design/Conception : développé plus loin.
Mise en place : réalisation pratique du design.
Entretien : au quotidien mais aussi évolutions vers un état climax.

On peut penser aux éléments selon leur pérennité. Ainsi on verra ce qui va évoluer vite ou pas. Par ordre de pérennité décroissante on peut observer: climat, topographie, arrivées et sorties d’eau, accès, ensembles végétaux, microclimat, bâtiments, clôtures, sol.

Les Designers des systèmes Permaculture se trouvent partout : villes, déserts, zones de désastre.. Ils mettent en place des projets destinés à améliorer la vies de milliers de gens, mais c'est surtout dans la conception et installation des “Eco-lieux” que la Permaculture trouve sa place. Des villages, hameaux, quartiers, banlieues et même des villes conçues selon les principes de la Permaculture sont en construction un peu partout. Ils sont harmonie avec leur environement, productifs, non-polluants, et la qualité de vie des habitants y est supérieure à la moyenne parce qu'ils dépensent moins, leur travail est créatif, leur nourriture saine et leurs communautés solides.

La Permaculture s'applique aussi à l'amélioration de lieux préexistants. En ville par exemple, les permaculteurs s'appliquent à la tâche de reconnecter les espaces verts pour recréer des villages urbains et redonner aux citoyens une vie et des lieux à échelle humaine.

Design

Le design est la conception du nouveau système productif pour l’homme à partir des éléments déjà en place et de nouveaux agencements d’éléments. Il faut d’abord concevoir la structure, puis les détails.
On peut s’aider de certains concepts pour designer un terrain :

Patterns (formes): par exemple, l'eau, les animaux, etc., nous imposent certains paramètres à considérer en termes de paysagisme (ex. coupe vent, retenues d'eau).

Zones : Agencer les éléments par rapport au degré de temps et d'énergie que l’homme doit consacrer au maintien du système.

Interactions : il faut chercher à faciliter les liens utiles entre chaque composante du système : une juxtaposition judicieuse des éléments compagnons remplace le besoin de transport et tout travail inutile, ou encore un animal a une production de fumier qui doit être utilisé pour être valorisé et ne pas polluer.

Associations de cultures : On cultive des plantes ensemble pour utiliser au maximum les ressources du milieu, donc avoir une productivité plus forte, pour créer des interactions bénéfiques entre les plantes, comme le transfert d’azote d’une plante légumineuse à une céréale, ou l’éloignement de certains insectes, et pour avoir des productions diversifiées et étalées dans le temps (Iqbala et al., 2005).

Strates : la première ressource renouvelable et gratuite est le soleil. Elle permet aux plantes de transformer le CO2 de l’air en carbone organique. Il est donc intéressant de l’utiliser au maximum, en cultivant des plantes de toutes taille et de ports déférents. l’utilisation de l’énergie solaire plus grande en cultures associées qu’en culture pure est la raison majeure de l’augmentation de rendement (Awala et Al, 2006). Cela implique en plus une diversité d’espèces qui assure la stabilité du système face au temps et aux aléas climatiques, et de sa production au cours de l’année.

Effet bordure: la rencontre de 2 écosystèmes différents en constitue un troisième qui comporte plus de biodiversité (Kamaljit et al 2007). Cette multiplication du nombre d’espèces présentes favorise une bonne utilisation des ressources, et accroît la productivité, par exemple : le bord de mer, la lisière d’une forêt, etc. Il est donc intéressant d’augmenter les intersections entre des écosystèmes différents, en formant des haies, des étangs de forme irrégulière.  

Les techniques de la permaculture

Chez Fukuoka comme chez Mollison et Holmgren, les techniques agricoles et d’habitat de la permaculture sont inspirées des mécanismes naturels, pour les « faire travailler à notre place ». Pour cela on cherche à créer un écosystème diversifié, riche en interactions entre les éléments, avec une utilisation intensive des ressources pour qu’il soit productif, et qu’il s’entretienne tout seul sur le long terme. Il est difficile de séparer les techniques agricoles et d’habitat dans l’exposé, tant ces deux éléments sont liés dans le même système et suivent la même logique.